Le domaine de Bassinet

Le domaine de Bassinet est situé aux limites occidentales du Ségala, à 15 kilomètres à l’est de Villefranche de Rouergue. Propriété de la même famille depuis 400 ans, le domaine a conservé les anciens bâtiments agricoles. Leur architecture est typique de la région, mais leur disposition autour d’une cour fermée est une des spécificités du lieu.  Au-delà de la cour, le parc de 2 ha est un jardin paysager ouvert sur la campagne. Il figure sur le plan du domaine de 1811.  Depuis 2016, la rénovation en cours, met en valeur l’espace et la lumière et tient compte de la structure historique. Le parc accueille aussi quelques sculptures contemporaines.

quelques éléments d’histoire et de géographie,

Le domaine de Bassinet est situé à 15 kilomètres à l’est de Villefranche-de-Rouergue, en direction de Rodez. Sur le plan géographique, le site, à 450 mètres d’altitude, appartient au Ségala occidental, juste avant que ne s’amorce la descente vers les causses de Villefranche-de-Rouergue et Villeneuve-d’Aveyron. Bassinet est situé dans une cuvette, position dont il tire son nom, bordée par un ruisseau, l’Alzure, affluent de l’Alzou. Les sols sont argileux. Le paysage est vallonné. Il est occupé par des cultures et des bois de peupliers et de sapins. Les activités agricoles actuelles des exploitations environnantes portent sur l’élevage bovin et la production de céréales.

Le domaine, connu depuis 1610, a toujours appartenu à la même famille. De modeste métairie au 17ème, il a atteint au 19ème, dans sa période la plus faste, une soixantaine d’hectares. Lorsqu’elle était en activité, l’exploitation agricole, typique du Ségala, concernait la plupart des productions végétales et animales. Il possédait même, au bord d’un étang, un moulin et une scierie, et des vignes, sur les coteaux ensoleillés de la commune. Les bâtiments d’exploitation, étable, écurie, bergerie, porcherie, grange, disposés autour d’une grande cour carrée, ainsi qu’un sécadou, sont les témoins de ces activités.

Le parc

Le parc a probablement été aménagé au cours du 18e siècle, au moment de l’extension de la maison de maître par l’adjonction d’une aile. C’est une ouverture vers la campagne, à l’opposé de la cour de la ferme, dont il est séparé par des bâtiments ou des grilles. D’ailleurs, c’est par le fond du parc que se faisait l’accès à la maison de maître, comme en témoigne le portail toujours présent. Le parc, orienté au sud-ouest, est limité à l’est par des champs cultivés, au sud par un petit bois et à l’ouest par un vieux mur. Il profite de la lumière matinale et de celle du couchant qui mettent en valeur la large gamme des tons de vert.

Les sculptures

Les deux sculptures de jeunesse de l’artiste Nicolas Sanhes appartiennent à la création contemporaine. Elles jouent avec les lignes et les volumes des végétaux. A proximité de la maison, une statue en terre cuite du 19ème siècle, provenant d’une fabrique toulousaine, rappelle les ornements de cette époque fréquents dans les parcs du Sud-ouest.

Nicolas Sanhes, deux sculptures de jeunesse

Nicolas Sanhes sculpteur contemporain, est un ami des propriétaires depuis ses débuts. Le parc accueille  deux sculptures de l’artiste. Nicolas Sanhes est né à Rodez en 1965. Après ses études à l’école des Beaux Arts de Perpignan, il  bénéficia du prêt par sa ville natale, d’un grand atelier pendant trois ans et de l’organisation, à l’issue de cette résidence, d’ une exposition personnelle au musée des Beaux Arts Denys Puech en 1995.  Depuis 1997, il vit et travaille dans la région parisienne, à Saint Quentin en Yvelines . Sa carrière se déroule en France et à l’étranger.

La grande sculpture allongée (sans titre 1994) appartient à sa période aveyronnaise et aux explorations formelles qui précèdent les œuvres exposées au musée Denys Puech. A l’époque, l’artiste poursuivait une recherche sur les rapports de la sculpture au sol, en exploitant les lignes courbes et les volumes simples et en travaillant l’acier. Elle a été présentée lors d’une exposition personnelle, devant l’usine de la Forge de Laguiole, au cours de l’été 1994. Son allure séduisit immédiatement les collectionneurs. Elle est un paysage, une ligne, une structure, une musique, L’œuvre s’étire dans l’espace. L’ombre d’Henry Moore passe sur les collines d’Angleterre. Au centre, la longue cascade de métal  évoque  le Land Art et notamment les chemins que trace Richard Long. Aux extrémités, les formes courbes, telles des clés de sol, lui confèrent sa musicalité et laissent chanter la partition. Dans le jardin, elles sont aussi une fleur qui s’épanouit et finalement plie délicatement. Le métal, initialement poli, en rouillant a  pris la mesure du temps.

L’œuvre composée de trois plots en fonte (sans titre 1999) est une déclinaison d’une recherche  sur le nid qui donnera lieu à une série intitulée Evidence singulière. La  matrice originale partait de constructions de tasseaux de bois prenant la forme d’œufs de taille humaine, , qui furent exposées à la Menuiserie à Rodez en 2000. Il en tira des fontes dont on peut voir un exemplaire, quelques temps, au centre de Rignac.  Les « œufs » de Bassinet ont été présentés  lors de la célébration des vingt ans de restauration du château de Pachins en 1999, à laquelle Nicolas Sanhes avait prêté un ensemble d’œuvres.

C’est une autre écriture que pratique aujourd’hui l’artiste. Rodez a pu la découvrir durant l’été 2016, à l’occasion de la présentation de trois de ses œuvres dans les jardins du Foirail. Conçue comme un hommage à Pierre Soulages par Nicolas Sanhes, l’installation dévoilait ce que l’artiste nomme Géométrie incidente,  des traverses d’acier peintes en blanc traçant des lignes brisées dans l’espace. Comme le dit Benoît Decron, « la ligne est souveraine mais le volume reste roi que le spectateur soupèse du regard dans les grandes carcasses métalliques de l’artiste aveyronnais »  (catalogue 2016). C’est tout l’art de Nicolas Sanhes, capter l’espace entre ses lignes et faire du vide, une présence. Cette recherche qui a démarré en 2004 constitue maintenant l’univers de l’artiste.

bibliographie

  • Nicolas Sanhes,  travaux récents 15 janvier-15 avril 1995, musée Denys Puech
  • Nicolas Sanhes, une géométrie incidente Archibooks +Sautereau éditeur mars 2015, préface Benoît Decron, texte Jean-Louis Poitevin
  • Sanhes, D’acier et D’azur, musée Soulages, juillet 2016, textes Benoît Decron, Jean-Michel Le Lannou, photos Nicolas Sanhes;

Les bols

Pourquoi collectionner les bols ?

Les bols condensent, en un petit volume, tout ce qui fait la personnalité d’un artiste. La possession permet de prendre le temps, chez soi, d’appréhender ce qui constitue la touche de l’artiste. J’ai commencé à collectionner la céramique en 2000. Dès 2004, à Saint-Sulpice, j’achetais un bol en grès d’Hervé Rousseau, dont j’avais visité l’atelier quelques semaines plus tôt à La Borne, et un bol en raku de Jean-Pierre Viot, puis, en août, au marché des potiers de Saint-Avit, un bol de Pascal Geoffroy.Dès lors, le bol s’imposa. Très vite ! Puisqu’en décembre de la même année, je tombais sous le charme de deux bols d’Alain Vernis, dont je fis immédiatement l’acquisition sans que personne ne m’y ait incité. J’étais conquis. L’exposition de l’exceptionnelle série des chawans de Robert Deblander exposés chez Capazza, puis une visite chez Pascal Geoffroy, dans le Larzac, achevèrent de meconvaincre que le bol pouvait être le thème exclusif d’une collection.

Le bol, c’est tout à la fois, la terre, la main et le monde. Le bol possède ses caractéristiques physiques, ses dimensions, sa forme, sa couverte. C’est un petit objet que l’on tient dans ses mains et que l’on caresse. Le bol est une boule d’argile transformée, à la main ou au tour, par le potier. Il est aussi un volume enserré, un vide capté, ouvert vers l’espace. Il relève de l’essence de la sculpture, car il est à la fois intérieur et extérieur, comme aucune autre céramique ne le permet. Le contenant fait partie intégrante de l’objet. C’est nous qui comblons ce vide, ainsi offert, de nos pensées, de nos émotions, de nos pulsions. Le bol est plus qu’un prolongement du corps, il en est une représentation symbolique. Plus qu’aucune autre céramique, le bol rend palpable l’intimité de la matière. La relation est directe. Aucun obstacle entre lui et nous. La prise de possession est immédiate. Le bol n’est pas seulement matière, il est aussi l’esprit de l’artiste qui l’a fabriqué, modelé, palpé, regardé et cuit. Le bol est volume, surface, relief et peinture. Le bol est un globe, une planète. Tenir un bol est une expérience cosmique.